/I/

Liber Miraculorum
Sancte Fidis

/II/

Maçon, Protat Frères, Imprimeurs

/III/

Collection de textes
pour servir à l’étude et à l’enseignement de l’histoire

Liber Miraculorum
Sancte Fidis

Publié
d’après le manuscrit de la Bibliothèque de Schlestadt

Avec une introduction et des notes
par
M. l’Abbé A. Bouillet

Paris
Alphonse Picard et Fils, Éditeurs

Libraires des Archives nationales et de la Société de l’École des Chartes
82, Rue Bonaparte, 82

1897

Torna su ↑

/V/

Préface

I

Sainte Foy naquit à Agen dans les dernières années du iiie siècle. Agée à peine de douze ans, elle souffrit le martyre dans sa ville natale en 303, par ordre de Dacien, qui gouvernait, au nom de Maximien-Hercule et de Dioclétien, la partie de la Gaule voisine des Pyrénées. Le proconsul fit mettre à mort en même temps à Agen l’évêque saint Caprais, saint Prime et saint Félicien.

Après le martyre, les corps de Foy et de ses compagnons furent recueillis par les chrétiens et ensevelis secrètement, et au commencement du ve siècle, saint Dulcidius, évêque d’Agen, les transféra en grande solennité dans une basilique construite sur ses ordres et à cet effet.

Bientôt le tombeau de sainte Foy devint célèbre par les miracles qui s’y opéraient. Les contrées les plus lointaines retentissaient de la gloire de la sainte, et on accourait de toutes parts pour invoquer son intercession.

/VI/ Dès lors, le monastère de Conques, en Rouergue, commençait à être célèbre. Les moines, désireux d’y attirer les fidèles, cherchèrent à se procurer quelque corps saint. L’un d’eux ayant échoué dans une tentative faite pour s’approprier les reliques de saint Vincent de Saragosse, qui appelaient maintenant à Castres un immense concours de pèlerins, ils résolurent de se dédommager en s’emparant de celles d’un autre saint Vincent, conservées alors à Pompéjac, dans le diocèse d’Agen.

En allant les chercher, leurs envoyés apprirent qu’une église du faubourg d’Agen possédait le tombeau de sainte Foy. Le récit des merveilles qui s’opéraient par l’intercession de la sainte les remplit d’admiration, et leur inspira le désir de posséder son corps. « Encouragés, dit un des récits de leur entreprise, et excités dans leur dessein par de fréquentes visions, les moines de Conques en confièrent l’exécution à un de leurs confrères, nommé Aronisde ou Arinisde. » Celui-ci se rendit à Agen, se présenta comme un prêtre séculier aux clercs qui possédaient le trésor convoité, demanda à être admis parmi eux, et gagna si bien leur confiance, qu’on finit par le charger de la garde des reliques. Il lui avait fallu dix ans pour obtenir ce résultat. Enfin, un jour, fête de l’Epiphanie, il parvint à se trouver seul, brisa le tombeau, enleva les restes de sainte Foy et les emporta à Conques, où ils furent reçus avec allégresse.

Les Bollandistes ont publié deux récits de cette translation, l’un en vers, l’autre en prose. De l’examen des événements auxquels il y est fait allusion, ils con- /VII/ cluent que le récil en vers est antérieur à 937. Nous dirons tout à l’heure notre sentiment au sujet de la version en prose. En attendant, nous souscrivons avec empressement au jugement que porte le savant éditeur du Cartulaire de Conques, M. G. Desjardins1, à propos du récit rimé, et sur le fond même et sur l’époque probable de la translation:

« La forme du poème donne à penser qu’il a été composé au xe, ou plutôt au commencement du xie siècle. L’époque que son auteur assigne à l’arrivée de sainte Foy à Conques n’est pas exacte. Elle aurait eu lieu, d’après lui, sub Carolo minore, que les Bollandistes traduisent par Charles le Gros. Mais le Cartulaire tranche la question sans objection possible. Dans le préambule d’une charte datée ainsi: Actum die martis, III kalendas augusti, anno IIII régnante Karlomanno rege, on lit: Locum sanctum sancte Dei ecclesiae, Conchas monasterii, qui est constructus in pago Rutenico super fluvium Dordonis, fundatus in honore sancti Salvatoris, ejusdemque sanctae hac perpetuae virginis Mariae, et sancti Petri, regni coelestis clavigeri, hubi sanctus Vincentius et sancta Fides tumulati quiescunt2... La translation était donc un fait accompli le 30 juillet 883. Comme elle est postérieure au transport du corps de saint Vincent de Saragosse à Castres, qui fut effectué en 863, on peut dire qu’en 883 la présence des reliques de sainte Foy à Conques /VIII/ était toute récente. Elle n’est pas mentionnée dans une donation faite à l’abbaye par Bernard II Plantevelue, comte d’Auvergne, donation dont la date est incertaine, mais qui paraît peu antérieure à 8781. »

Quant à la narration en prose, nous affirmons – et M. Desjardins ne nous contredira pas – qu’elle fut rédigée peu d’années après l’événement, du moins dans son texte primitif, que les Bollandistes estiment pour leur part antérieur à 10602. Le manuscrit d’après lequel ils publient ce texte, et qui a appartenu à la reine Christine de Suède, est d’ailleurs moins ancien que le précieux volume de la Bibliothèque de Schlestadt3, objet de la présente publication. Toutefois, les deux copies ne diffèrent guère que par quelques variantes de mots, et on retrouve dans l’une et dans l’autre les mêmes héllénismes, sans en excepter un seul. Ne savons-nous pas, d’ailleurs, que cette érudition est loin d’être inconnue à l’époque où nous plaçons ce texte?

Il nous semble donc probable que le récit en prose de la translation a été rédigé, comme le poème, au xe ou au xie siècle, et la copie la plus ancienne qui en subsiste, à notre connaissance, date du commencement du xiie.

C’est sous le gouvernement de Bégon, premier du nom, que l’abbaye de Conques entra en possession /IX/ des reliques de sainte Foy. C’est alors aussi que l’église, qui était auparavant sous le vocable du Saint-Sauveur, et qui avait pour patrons secondaires Notre-Dame et saint Pierre, en reçut deux autres, saint Vincent1 et sainte Foy. On l’appela pendant longtemps: « l’église du Saint Sauveur et de sainte Foy;  » mais à la fin du moven âge on ne disait plus que: « l’église de sainte Foy. »

Bientôt les merveilles opérées par l’intercession de la jeune sainte donnèrent naissance à un pèlerinage. De toutes parts, non seulement du Rouergue et de l’Aquitaine, mais de la France et de l’Europe entières, accouraient des pèlerins, qui s’arrêtaient sur leur route pour prier dans les sanctuaires alors célèbres. Des guides à leur usage leur indiquaient la route à suivre, et nous avons montré ailleurs2 qu’il y avait, en particulier entre Saint-Jacques de Compostelle et le sanctuaire de sainte Foy, des relations de pèlerinage qui influèrent non seulement sur la diffusion du culte des deux saints, mais aussi sur le développement des arts durant le haut moyen âge.

Arrivés à Conques, les pieux voyageurs assistaient pendant la nuit à l’office solennel célébré par les moines, et se préparaient aux fêtes du lendemain par une veille consacrée à prier devant la statue d’or de sainte Foy et devant les reliques. Nous voyons, dans /X/ le Livre des Miracles, qu’on brûlait alors un nombre considérable de cierges. Souvent, le lendemain, on portait en procession, au son de l’oliphant et au chant des cantiques, la statue vénérée – la « Majesté de sainte Foy » – et la foule se pressait sur son passage. Pendant la veille et au passage des reliques de la sainte, s’accomplissaient des prodiges de toutes sortes, nombreux et spontanés, qu’on appelait parfois les Jeux de sainte Foy. Enfin, en actions de grâces pour tant de faveurs, on laissait en partant de beaux présents, de riches offrandes, qui subvenaient aux frais du culte ou contribuaient à enrichir le trésor. De là ce merveilleux ensemble de statues, de reliquaires, d’objets de toute sorte qui, en attestant la générosité et la reconnaissance des pèlerins de Conques, forment aujourd’hui comme une histoire figurée des arts du métal et de l’émaillerie durant le moyen âge.

Torna su ↑

[Note a p. VII]

1. Cartulaire de l’abbaye de Conques, en Rouergue, publié par Gustave Desjardins. Paris, in-8º, 1879. Torna al testo ↑

2. Cartul., nº 4. Torna al testo ↑

[Note a p. VIII]

1. Cartul., Introd., p. X, nº 153. Torna al testo ↑

2. Ils affirment que l’auteur n’a pu écrire avant 937, et ils ajoutent: non absimile fit eum opus suum non nisi seculo XI elucubrasse, eo tamen non ultra annum sexagesimum progresso. [Ad. sanct., III octob., p. 274.] Torna al testo ↑

3. Cette partie du manuscrit a été, à n’en pouvoir douter, écrite dans les premières années du xiie siècle. M. L. Delisle, le savant et toujours obligeant administrateur de la Bibliothèque nationale, a bien voulu examiner nos photographies du manuscrit, et a confirmé notre appréciation. Torna al testo ↑

[Note a p. IX]

1. Sur la tranche d’un autel portatif conservé au trésor de Conques et daté de l’an 1100, saint Vincent est figuré auprès de sainte Foy. Torna al testo ↑

2. Sainte-Foy de Conques, Saint-Sernin de Toulouse, Saint-Jacques de Compostelle. Extr. des Mém. de la Soc. des Antiquaires de France, 1892. Torna al testo ↑