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Gustave Desjardins

Essai sur le cartulaire de l’abbaye de Sainte-Foi de Conques en Rouergue (IXe-XIIe siècles)

Desjardins Gustave. Essai sur le cartulaire de l’abbaye de Sainte-Foi de Conques en Rouergue (IXe-Xlle siècles) [premier article]. In: Bibliothèque de l’école des chartes. 1872, tome 33. pp. 254-282;
https://doi.org/10.3406/bec.1872.446426
https://www.persee.fr/doc/bec_0373-6237_1872_num_33_1_446426

Dans les montagnes du Rouergue, non loin de Rodez, prend sa source une rivière qu’on appelle le Dourdou et dont les eaux rougeâtres descendent vers le Lot à travers un pays tourmenté. Après avoir baigné le pied du village de Salles-la-Source, célèbre par ses cascades, le vallon de Marcillac où les bourgeois de Rodez vont en villégiature, à la saison des vendanges, et la plaine de Saint-Cyprien, unie comme le bassin d’un étang et fertile en melons; elle s’engage tout à coup, rapide et bruyante, dans des gorges étroites d’un aspect sinistre; c’est à grand’peine qu’un chemin suffisant pour une voiture a été dérobé à son lit. A une lieue de là, le mur de rochers s’entr’ouvre à droite pour livrer passage à un torrent; ses parois écartées forment un immense trou ressemblant assez à une conque. Dans cet espace, est suspendue à mi-côte une petite plate-forme. On y grimpe par une pente presque verticale sur laquelle se hissent les maisons d’un village, et on arrive en face d’un grand portail sculpté, dans le tympan duquel un bas-relief déploie les terreurs du jugement dernier. C’est l’église abbatiale de Sainte-Foi de Conques, bâtie par des bénédictins dont le couvent a été démoli depuis la Révolution. Une nef courte précède un large transept et une abside de vastes proportions que l’obscurité grandit encore 1. On /255/ ne s’attend pas à trouver un pareil monument dans ce pays presque sauvage; et lorsque, dans l’ombre des armoires du choeur, on voit étinceler des reliquaires, des crucifix, des têtes et des bras de saints, des bas-reliefs, des tryptiques en argent et en or, couverts de pierreries parmi lesquelles on ne compte pas moins de 63 camées et intailles antiques, on se demande si ce n’est pas un rêve qu’on fait tout éveillé 1. Avec une grande croix d’argent du xve siècle, ornée de 21 figurines dorées d’un travail exquis, haute de 1 mètre 40 centimètres et large de 80 centimètres, ce qui frappe davantage, c’est une statue de sainte Foi, vierge et martyre, couronne en tête, assise sur un trône, dans l’attitude qu’on donne aux reines sur les sceaux de majesté. Elle est en effet la reine de ce lieu, et elle a eu au loin des tributaires qui sont venus lui rendre hommage de presque toutes les provinces de France, de l’Espagne, de la Suisse, de l’Italie, de l’Allemagne et même de l’Angleterre.

Les miracles opérés par la vertu de ses reliques ont été racontés dans un livre édité par le P. Labbe2 et le P. Ghesquier3. Il en est parmi eux qui ont scandalisé les auteurs de l’Histoire littéraire4. Quelques-uns en effet manquent de cette gravité qui fut de mode au grand siècle; d’autres font penser aux légendes naïves des Fioretti. La vieille comtesse Berthe les appelait, au xie siècle, « les plaisanteries de sainte Foi, » joca sanctœ Fidis.

Mabillon a parlé de l’origine de l’abbaye de Conques dans les Annales de l’ordre de saint Benoît 5. Les Bollandistes ont traité plusieurs points de son histoire dans l’article consacré à sainte Foi 6, et les auteurs du Gallia christiana ont rédigé une notice détaillée des abbés 7. Tous ces travaux, très-importants, contiennent cependant un assez grand nombre d’inexactitudes. On n’en sera pas étonné, si l’on considère que ces illustres érudits /256/ n’ont pu consulter que les documents peu complets, recueillis par le conseiller Doat et déposés d’abord chez Colbert et depuis à la bibliothèque du roi 1.

J’ai eu le bonheur de trouver, aux archives de la Société des lettres, sciences et arts de l’Aveyron, le cartulaire de l’abbaye dans lequel sont copiées 548 chartes, parfaitement sincères, comprises entre les années 801 et 1180, sans compter 8 pièces transcrites après coup dans les marges et dans les intervalles, et 12 autres sur les gardes. Ces documents fournissent des indications certaines sur l’histoire de l’abbaye, et aussi des matériaux précieux pour l’étude de la géographie, des institutions, des moeurs, de la condition des personnes et des propriétés du ixe au xiie siècle. Je me propose d’en extraire brièvement les faits les plus saillants et les moins connus. Mais d’abord il convient de dire quelques mots de l’âge et de l’état du cartulaire.

Pour l’œil, ce manuscrit, de format in-8º, contenant 267 feuillets en vélin, se divise en trois parties. La première comprend 17 cahiers, de 8 feuilles chacun 2. Les pages, réglées et encadrées de traits à la pointe, ont 22 lignes. L’écriture, qui paraît des premières années du xiie siècle, est fort belle; les mots sont bien espacés, les lettres initiales coloriées d’un vermillon très-vif. Les plus récentes des pièces nomment l’abbé Begon, mort avant 1110. — Les 13 cahiers suivants, aussi de 8 feuilles chacun 3 (fos cxxxvii à ccxxxvii), sont d’une écriture plus serrée, bonne encore, avec 28 lignes à la page. Le rouge des initiales est moins fin. La main est certainement aussi de la première moitié du xiie siècle. Les actes copiés ne descendent pas plus bas que l’époque où vivait Etienne, prédécesseur immédiat de Begon. — Le reste du manuscrit 4 présente les écritures et les encres les plus diverses, antérieures cependant au xiiie siècle. Jusqu’au feuillet ccli, on ne rencontre pas un document qui soit postérieur à 1110. Dans les pages qui terminent le volume, se trouvent des pièces avec le nom d’Isarn, abbé vers 1170. C’est /257/ à cette époque que le cartulaire a été clos; pour y faire entrer un acte de 1183, on a été obligé de l’écrire dans les marges.

En résumé, il a dû être fait au commencement du xiie siècle, à l’exception des 4 derniers cahiers qui ne sont guère postérieurs à 1170. On n’y voit pas la copie de la donation du prieuré de Schélestadt en 1167 1, qui était cependant digne d’y trouver place. Quant à la méthode adoptée pour la transcription des documents, le copiste semble avoir eu le projet dé les ranger par ordre de lieux. Mais le premier classement ayant sans doute été mal exécuté, il a fallu insérer les pièces oubliées à fur et à mesure qu’on les découvrait; de là quelque confusion qui rend les recherches assez difficiles. Les bulles des papes, à l’exception d’un acte d’Honorius III, copié en marge du feuillet xxiv, et les diplômes des souverains de la France, octroyés à l’abbaye, n’ont pas été transcrits dans le cartulaire. Sa reliure date du xvie siècle, car quelques notes écrites vers 1550 sur le bord du feuillet cxiii vº ont été rognées. Une main de cette époque a donné au manuscrit ce titre prétentieux: Liber Mirabilis2.

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Histoire de l’abbaye de Conques.

1º Origine de l’abbaye. — Procès avec le monastère de Figeac.

Fondation de Conques. — Au temps de Charlemagne, Dadon, voulant se livrer à la vie contemplative, alla chercher la solitude dans l’âpre désert de Conques. Là, pendant l’invasion des Sarrasins qui dévastèrent le Rouergue, quelques chrétiens réfugiés avaient élevé un petit oratoire. Dadon s’y bâtit un ermitage où il reçut un compagnon nommé Madraldus.

La sainteté des deux ermites fut bientôt en renom dans le voisinage et un certain nombre de prosélytes se mit sous leur direction. Guibert, comte de Rouergue, leur fit don du territoire qui appartenait au fisc, et ils construisirent un monastère et une église sous l’invocation du Saint-Sauveur.

/258/ Mais Dadon, pour qui la solitude avait plus d’attrait que la vie commune, se retira à Grandvabre, laissant à Madraldus le gouvernement de la congrégation. Dans le même temps, saint Benoît d’Aniane restaurait en Aquitaine la règle bénédictine. Louis le Débonnaire, qui prit sous sa protection le nouveau couvent, le visita plusieurs fois et l’enrichit de ses bienfaits, invita les cénobites à la suivre et leur envoya des bénédictins capables de joindre l’exemple à la leçon 1. Une charte constate qu’elle floris-sait à Conques en 801 2.

Fondation de Figeac. — Environ vingt ans après que Louis le Débonnaire eût doté l’abbaye, Pépin II, roi d’Aquitaine, lui donna le monastère de Jonant, tombé en décadence et peut-être en ruines 3. Mais quand il fallut en recevoir les habitants, l’étroitesse des rochers ne permit pas de construire des bâtiments suffisants. La difficulté des chemins rendait d’ailleurs l’approvisionnement presque impossible. Alors le roi, sans doute à l’instigation de l’abbé Elie, forma le projet de fonder une succursale dans un lieu plus accessible et plus commode. Figeac fut choisi; on y bâtit un couvent qui fut nommé la Nouvelle Conques. Les moines de Jonant s’y réunirent à une partie de ceux de Conques, sous l’autorité d’Elie. Cependant, l’honneur de la priorité étant réservé à l’abbaye-mère, le roi laissa aux moines de la Nouvelle Conques, après la mort d’Élie ou de son successeur, s’ils trouvaient dans leurs rangs un frère en état de les conduire selon la règle de saint Benoît, la faculté de l’élire abbé 4.

Procès entre les deuox abbayes. — Il semble que, dans le cours du xe siècle, ces dispositions aient été respectées. Vers 961, le testament de Raymond Ier, comte de Rouergue et marquis de Gothie, nous montre les deux abbayes vivant en bonne intelligence; ce seigneur partage entre elles l’église d’Auriniac.

/259/ L’abbaye de Conques est nommée la première: in primis dono ad illo cœnobio de Conquas illa medietate de illo alode de Auriniaco et de illas ecclesias et de omnibus villariis quœ ibi aspiciunt et alia medietate ad illo cœnobio de Figiaco1. Une autre pièce prouve que, vers 972, Figeac avait un abbé spécial, Castlo, auquel Rainulphe donne l’église de Fons en Querci. Castlo s’empresse de faire confirmer cette donation par le pape Benoît VI2. Il craignait donc que quelqu’un n’en contestât la propriété à son couvent. Les abbés de Conques avaient-ils déjà élevé, à ce moment, la prétention de dominer Figeac? On peut le supposer, car les deux maisons ne tardèrent pas à être en guerre ouverte. Au milieu du xie siècle, l’abbé de Conques, Odolric, invoque contre Figeac le secours du bras séculier. A sa demande, Begon de Calmont réunit de force le second monastère au premier et décide que, après la mort de l’abbé existant de Figeac, son successeur sera nommé par l’abbé de Conques, avec l’agrément des seigneurs de Calmont 3. Il faut remarquer que les intentions du roi Pépin sont méconnues dans cet acte, au préjudice de l’abbaye de Figeac.

Celle-ci, pour échapper au joug de sa rivale, va se mettre dans l’obédience de l’abbaye de Cluny, gouvernée alors par saint Hugues qui ne s’empresse pas d’accueillir cette recrue amenée par le dépit. Mais les moines de Figeac circonviennent le père de Begon, Hugues de Calmont, qui avait pris le froc à Cluny. Ce seigneur triomphe des scrupules de saint Hugues. Sur ces entrefaites, Hugues de Calmont vient à mourir, et l’abbé de Cluny hésite de nouveau. Alors Begon, pour se conformer sans doute aux derniers désirs de son père, changeant tout à coup de résolutions. Consent, en 1074, par une donation solennelle, à transporter à l’abbé de Cluny les droits qu’il avait précédemment assurés à l’abbé de Conques 4.

Le successeur d’Odolric, Etienne II, présent au concile convoqué à Rome, en 1076, pour juger l’empereur d’Allemagne, en appelle à Grégoire VII5. Le pape, dans une bulle datée de l’an- /260/ née 1084, déclare que Figeac doit se soumettre à Conques, et pour le bien de la paix, ordonne que d’Etienne, abbé de Conques, ou d’Airald, abbé de Figeac, celui qui survivra réunira les deux abbayes 1. On voit que cette décision ne tient aucun compte du diplôme de Pépin d’Aquitaine.

Etienne, abbé de Conques, meurt le premier; mais son couvent refuse d’obéir à un supérieur venant de Figeac, et lui donne un autre successeur. L’affaire est portée devant le concile de Clermont en 1095. Les moines de Conques y présentent la bulle de Grégoire VII qui les condamnait eux-mêmes. A la lecture de ce document, le concile dépose l’abbé qu’ils avaient élu et réunit les deux monastères dans la main de l’abbé de Figeac. « Il y eut alors, dit le pape Urbain II, une telle discorde, que le temporel des deux maisons fut compromis et le salut des âmes en péril. » L’abbé de Cluny, à qui la bulle produite par les défenseurs de Conques enlevait les droits qu’il tenait de la volonté des moines de Figeac et de la donation de Begon de Calmont, prétendit qu’elle avait été expédiée subrepticement et qu’elle n’était pas conforme au prononcé du jugement de Grégoire VII auquel il assistait. Enfin en 1097, le concile de Nîmes imposa un terme à ces débats, en séparant les deux abbayes et en donnant à chacune d’elles le droit de nommer son abbé 2.

Il est certain, d’après le texte des jugements rendus dans ce long procès, que les moines de Conques ne produisirent jamais que des copies tronquées du diplôme de Pépin d’Aquitaine. On le comprend: cette pièce les eût convaincus d’usurpation flagrante.

Chronique de Figeac. — Les moines de Figeac savaient par tradition qu’ils avaient droit à l’indépendance, mais ils ne possédaient aucuns titres qui pussent le prouver. Ils en inventèrent. Baluze a publié une chronique de Figeac qui a dû être composée à la fin du xie siècle 3. Elle traite de l’origine de l’abbaye et donne un catalogue d’abbés qui s’arrête justement à Airald, mis, /261/ en 1095, à la tête des deux maisons par le concile de Clermont.

D’après ce document, l’abbaye de Figeac, fondée par Pépin le Bref, est détruite par une invasion de Barbares au commencement du ixe siècle. Elle est reconstruite, en 822, par Aimar qui réunit autour de lui une nouvelle communauté et la dirige 32 ans. On ne sait de quels Barbares le chroniqueur veut parler. Les Sarrasins franchirent, il est vrai, les Pyrénées en 793, mais ils ne s’étendirent pas au-delà de la Septimanie 1.

Aimar a pour successeurs de puissants abbés, dont plusieurs sont, comme lui, sacrés par le Souverain-Pontife. Cependant, la chronique ne cite pas d’acte auquel ces abbés aient pris part, pas de donation qu’ils aient reçue. Leurs noms se suivent avec une date vague et quelques indications banales. A l’exception d’Adalgerius et de Lautardus, on n’en trouve aucun dans les chartes de Conques. Castlo, dont j’ai parlé plus haut, est le seul qui ait été mentionné dans une pièce authentique.

La chronique insiste sur les plus petits détails des relations entre Figeac et Conques. Ainsi Aimar, le restaurateur de l’abbaye, fait faire deux croix de dimensions différentes: la plus petite pour Conques, la plus grande pour Figeac, supérieur en dignité. Géraud, sous Charles le Simple, est offensé par les moines de Conques et les punit en leur imposant pour prieur un jardinier du couvent de Figeac. Adalgerius, après s’être emparé à prix d’argent de Conques, achète également Figeac et se casse la jambe en visitant ses nouveaux domaines. Le chroniqueur va même jusqu’à insinuer que les moines de Conques ont bien pu empoisonner l’abbé Lautard qui meurt chez eux.

Mais il ne sait rien des faits contraires aux prétentions soutenues par son abbaye, et il oublie un événement contemporain assez important cependant: la réunion de Figeac à Conques par Begon de Calmont.

A proprement parler, ce document est donc plutôt un factum qu’une chronique. Il a été rédigé au cours du procès, porté devant les papes et les conciles, et pour les besoins de la cause.

Chronique de Conques. — De leur côté, les moines de Conques avaient aussi composé une chronique qui est imprimée dans le Thesaurus Anedoctorum de dom Martène 2. L’auteur, /262/ anonyme, s’appuie sur des documents dont nous pouvons encore aujourd’hui vérifier l’authenticité. A l’exception de trois ou quatre, les noms des abbés dont il présente la courte notice s’y retrouvent, à peu près à la date qu’il leur assigne. Le Gallia christiana corrige avec raison quelques interversions dans l’ordre de succession de ces dignitaires.

Le chroniqueur met aussi en relief les faits qui se rapportent à Figeac. Il note d’abord sa fondation sous Pépin d’Aquitaine, puis il énumère des confirmations par Charles le Chauve et Charles le Simple des droits de Conques sur cette abbaye qui, si elles ont jamais existé, ont disparu. Comme l’historien de Figeac, il accuse de simonie Adalgerius. Il raconte ensuite qu’un neveu de Lautard usurpa Figeac et que, condamné par l’autorité apostolique, il se soumit à cette sentence et vint faire pénitence à Conques. Suivant lui, l’abbé Etienne II aurait fait à Figeac beaucoup de bien et l’aurait remis en possession d’un grand nombre de domaines enlèves. Mais il ne dit mot de la déposition de son successeur par le concile de Clermont. Il s’arrête à Begon III, contemporain d’Airald, dernier abbé nommé dans la chronique de Figeac.

Ce document, qui se termine à la même date que cette dernière, et dans la rédaction duquel on relève des préoccupations analogues, avec moins d’animosité cependant, a été évidemment rédigé à la même époque et dans le même but.

En tête de cette chronique, on lit dans la collection manuscrite de Doat 1 un préambule qui traite des origines de l’abbaye de Conques. M. de Gaujal l’a publié dans les Études historiques sur le Rouergue2. D’après ce texte, le monastère existait bien avant le patriarche des moines d’Occident. Les vertus de la Thébaïde y flôrissaieiit du vivant même de saint Paul, premier ermite, et de saint Antoine. Déjà en 371, les païens y massacrent un millier de solitaires et un archimandrite. Un second couvent, rebâti aussitôt, est détruit par les Francs qui ravagent l’Aquitaine sous la conduite de Théodebert « en 564 3. » Ces barbares y tuent encore une quantité innombrable de moines. Un /263/ troisième sort de cette terre féconde; il est l’objet des faveurs toutes spéciales des rois et surtout de Clovis qui le visite et le fortifie; mais en 730, les Sarrasins n’y laissent ni une pierre debout ni un habitant vivant. L’auteur a soin de remarquer qu’ils brûlèrent les archives; il est ainsi dispensé de fournir la preuve de son récit. Pépin le Bref rétablit le couvent, y appelle Dadon et ce désert est encore une fois repeuplé. La quatrième abbaye devient même si considérable que Charlemagne, voulant marquer qu’elle est le premier de tous les monastères royaux, lui envoie un reliquaire en forme d’A, première lettre de l’alphabet. On a lu plus haut l’analyse des diplômes de Louis le Débonnaire et de Pépin d’Aquitaine qui donnent sur la vraie fondation les détails les plus circonstanciés. Ils me dispenseront de réfuter ces inventions, forgées seulement au xvie siècle.

Le style de ce morceau, bien différent du latin incorrect de la chronique, a les mêmes allures qu’un récit de la translation des reliques de sainte Foi que je discuterai tout à l’heure, et qui est, à n’en pas douter, contemporain de la Renaissance. A cette époque, les moines soutinrent en cour de Rome un procès, dont le résultat fut la suppression de l’abbaye. Une partie du dossier de cette affaire est conservée aux archives départementales de l’Aveyron, fonds de l’évêché de Rodez. Le préambule qui vient d’être analysé a dû être rédigé à l’occasion de ce débat. Au xie siècle, on se contentait à Conques de dire vaguement que « Pépin, Charles et Louis » avaient comblé l’abbaye de leurs dons 1, et de supposer que Dadon avait été non le fondateur, mais le restaurateur de l’abbaye.

M. Darcel croit que l’A de Charlemagne est un alpha, jadis pendu au bras d’un crucifix. S’il n’avait pas lu dans la chronique de Figeac qu’Aimar, soi-disant abbé de Conques et de Figeac en 816, avait fait présent d’une croix à chacun de ces monastères, il n’hésiterait pas, d’après le caractère de l’orfèverie, à dater ce bijou du xiie siècle 2. Or nous savons maintenant que la plus /264/ grande partie de la chronique de Figeac et le préambule de celle de Conques ont tout juste la valeur d’un roman.

Jugement du procès par les érudits de la Congrégation de Saint-Maur. — La cause des deux monastères est évoquée de nouveau au xviiie siècle, cette fois, devant le tribunal de l’histoire. Mabillon se prononce d’abord avec une grande sûreté de critique. Sans aller au fond du débat, il juge sommairement la chronique de Figeac et déclare que la fondation de cette abbaye doit être attribuée à Pépin d’Aquitaine et non à Pépin le Bref 1. Pour Conques, il entre dans plus de détails et démontre, par une citation du diplôme de Louis le Débonnaire, que ce monastère devait son origine à Dadon 2.

Après qu’il a ainsi tranché cette double question, ce n’est pas sans étonnement qu’on le voit ensuite infirmer son premier jugement 3. Le chapitre, qui avait succédé à l’abbaye de Figeac, n’avait pas abandonné les prétentions de sa devancière et s’était empressé d’envoyer au savant bénédictin des documents, accompagnés sans doute des plus vives sollicitations. Mabillon, non sans embarras, dit qu’il a entre les mains une copie, écrite au xie siècle à la vérité, d’un diplôme de Pépin le Bref, fixant à 752 la fondation de Figeac. Comme ce diplôme fait mention de la donation à cette abbaye du « couvent des ermites de Conques, » le voilà obligé, pour accorder des documents contradictoires, de revenir sur son excellente dissertation et d’expliquer, en dépit du /265/ texte formel, que les premiers fondateurs de ce dernier furent, avant Dadon, les chrétiens qui avaient cherché dans ce lieu reculé un abri contre la fureur des Sarrasins. Ne croyez pas cependant qu’il regarde comme parfaitement sincère l’acte de Pépin le Bref. Il reconnaît qu’il contient des interpolations manifestes; mais il lui paraît devoir faire autorité sur le point de l’établissement de Figeac. Singulier raisonnement! Ne fallait-il pas conclure, au contraire, que le reste du document étant altéré, le passage relatif à la fondation, objet du litige, devait être considéré au moins comme suspect? Remarquez d’ailleurs la date de la copie: elle est du xie siècle, c’est-à-dire qu’elle a été faite à l’époque du procès entre les deux abbayes, autre motif grave d’être en défiance.

Mabillon est d’autant moins excusable de s’être laissé prendre à ces inventions qu’il publie, dans le même volume 1, un document dont il résulte clairement que Figeac n’existait pas encore au commencement du ixe siècle. Dans l’état des charges des monastères de France, dressé en 817, Conques est désigné parmi ceux qui ne devaient ni impôt ni service militaire, mais seulement des prières. On y lit en même temps les noms des abbayes d’Aniane, de saint Gilles, de Psalmodi, de Moissac, de Saint-Antonin, etc. Figeac n’est pas mentionné. Il est vrai que la chronique a imaginé fort à propos des barbares pour le renverser de fond en comble avant 822. Mabillon pourtant n’a pas été jusqu’à croire à cette invasion qui, épargnant tous les couvents voisins, se serait attaquée au seul Figeac.

Les auteurs du Gallia christiana, malgré l’autorité de Mabillon, répugnent à admettre les documents de Figeac. Mais ils n’ont pas le courage de les réfuter ouvertement, ils se contentent, en puisant dans les mémoires qu’on leur a adressés, de se laver les mains dès inexactitudes qu’ils renferment. « Je ne dis pas, » écrit le rédacteur de la notice de l’abbaye de Figeac, « ce que je pense, mais j’expose de bonne foi ce que je lis dans les titres de ce monastère 2; » et plus loin: « tous les documents produits par Figeac ne me semblent pas exempts d’altérations 3. » Il relève les difficultés que présente la chronique et /266/ lui oppose les pièces venant de Conques avec une préférence peu dissimulée pour elles. Mais cela ne l’empêche pas d’insérer, parmi les preuves, deux bulles qui déshonorent le premier volume du Gallia christiana1.

L’une, mise sous le nom d’Etienne II, expose le voyage fait par ce pape pour consacrer l’édifice bâti par les ordres de Pépin le Bref, la confirmation de l’union à Figeac du monastère de Gaillac et de l’ermitage de Conques, et les étonnants privilèges accordés à la nouvelle abbaye. Certainement Etienne n’a pas béni, en 755, une maison qui date seulement de 839, et son pouvoir n’a pas été jusqu’à lui adjoindre des couvents qu’on ne songeait pas encore à fonder. Il suffit d’ailleurs de lire le texte de cet acte, pour être convaincu de sa fausseté.

L’autre bulle, attribuée à Pascal Ier, est tout à fait divertissante. Elle a pour objet la reconstruction de l’abbaye après l’invasion des barbares dont j’ai déjà parlé. Tous ses habitants ont été massacrés: seul, un clerc, élevé dans la maison, a survécu. Il est fait abbé par le pape, qui l’envoie pour relever le monastère ruiné. Plus soucieux de leur trésor et de leurs archives que de leur propre existence, les moines les avaient mis en sûreté dans le château de Capdenac qui leur appartenait. Le pape invite Guillaume et Girbert, « chevaliers, seigneurs de ce lieu, » à réintégrer l’abbaye dans toutes ses possessions.... Est-il besoin de pousser plus loin cette analyse? Le faussaire du xie siècle ignorait que la France du ixe ne ressemblait pas à celle qu’il avait sous les yeux; qu’il n’y avait pas encore de chevaliers en 822; que Capdenac était le siège d’une vicairie au temps des Carlovingiens, et que le règne de la féodalité n’était pas encore venu.

Dom "Vaissète, dans l’Histoire du Languedoc, publiée en 1761, ne s’en est pas laissé imposer par les défenseurs de l’antiquité de Figeac. Sans avoir égard aux tergiversations de Mabillon ni à la faiblesse des auteurs du Gallia christiana, il établit nettement que le diplôme de Pépin le Bref est controuvé, et que la fondation de Figeac date seulement de Pépin d’Aquitaine 2.

L’abbaye de Conques, transformée depuis le xvie siècle en /267/ chapitre séculier, pouvait faire rentrer dans le néant les prétentions de Figeac à cette haute antiquité, en exhibant le diplôme de ce dernier roi. Mais il est à remarquer que ce document a été laissé dans l’ombre, au xviiie comme au xie siècle, par ceux qui le détenaient. Le chapitre n’a sans doute pas voulu, en le produisant au grand jour de l’histoire, infliger un démenti aux moines, ses prédécesseurs. Bosc, ci-devant chanoine de Conques, l’a édité dans les Mémoires pour servir à l’histoire du Rouergue1, avec des erreurs de lecture et quelques lacunes. L’original, dont l’authenticité est inattaquable, est conservé aux archives de la Société des lettres, sciences et arts de l’Aveyron.

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2º Pèlerinage de Sainte-Foi de Conques.

Translation des reliques de sainte Foi d’Agen à Conques. — A la fin du ixe siècle, l’abbaye possédait un petit nombre d’églises et de domaines autour d’elle, dans les pays de Rouergue, de Quercy et d’Auvergne, sur les confins desquels elle est bâtie 2. Elle aurait sans doute végété dans une obscure médiocrité, si un événement inattendu ne lui avait donné une notoriété extraordinaire. Je veux parler de la translation des reliques de sainte Foi d’Agen.

En 858, un moine du monastère de Saint-Germàin-des-Prés, primitivement dédié à saint Vincent de Sarragosse, Usuard, l’auteur du martyrologe, entreprit d’aller chercher à Valence le corps du patron de sa maison. Trompé par des renseignements inexacts, il ne dépassa pas Cordoue et se borna à rapporter des reliques de chrétiens martyrisés pendant la Episodio dei Martiri di Cordova, uccisi per ordine dell'emiro di Al-Andalus ʿAbd al-Raḥmān II (822-852) e successori persécution d’Abdérame 3. A ce moment, les restes de saint Vincent se trouvaient en la possession de Senieur, évêque de Sarragosse, qui ne savait pas quel trésor était tombé entre ses mains. Un moine de Conques, Audaldus, sur les indications d’un espagnol nommé Berta, les avait, en 855, enlevés de Valence. Comme il passait à Sarragosse, une femme chez qui il était logé, le voyant, pendant la nuit, psalmodier avec des cierges allumés, le dénonça à l’évêque qui le /268/ fit saisir avec les reliques. Audaldus, mis à la torture, refusa de dire de quel saint elles étaient. Après l’avoir retenu quelque temps prisonnier, on le laissa partir, sans lui rendre son précieux fardeau. Revenu à Conques, il raconta ses aventures à ses confrères qui refusèrent de le croire et le chassèrent. Il fut recueilli par Gislebert, abbé de Castres, et huit ans après, avec le secours de Salomon, comte de Cerdagne, il parvint à arracher le corps de saint Vincent à l’évêque de Sarragosse, et il en fit présent au couvent qui lui avait donné asile 1. Bientôt, les pèlerins affluèrent à Castres. Helissachar, évêque de Toulouse, y vint avec son clergé et une multitude de ses diocésains qui furent témoins de miracles éclatants 2.

Les moines de Conques se repentirent alors d’avoir laissé échapper cette relique insigne qui pouvait donner à leur couvent un si grand lustre. Ils cherchèrent à la remplacer. Le diocèse d’Agen possédait un martyr du nom de saint Vincent dont le corps était déposé à Pompejac. Ils s’en emparèrent; par quel moyen? on l’ignore. D’une part, les chartes de l’abbaye mentionnent, dès 883, sa présence 3; d’autre part, d’antiques leçons du bréviaire d’Agen constatent que Pompejac ne possédait plus que le tombeau du martyr et ajoutent que le corps avait été porté à Conques. La translation est donc certaine, et les doutes élevés sur elle par Henschenius ne tiennent pas devant cette double affirmation 4. Du resté, les Bollandistes corrigèrent eux-mêmes l’erreur de leur confrère 5. Plus tard, les reliques de ce saint furent sans doute partagées entre les maisons de l’obédience de Conques; il n’en demeure plus aujourd’hui au trésor que quelques fragments, conservés dans deux autels portatifs, l’un du xe siècle 6, l’autre de 1106 7, et dans un tryptique du xiii8s.

En allant chercher le corps de saint Vincent, les émissaires de Conques trouvèrent l’occasion, de dérober les reliques de sainte Foi, vierge d’Agen, mal gardées dans une église du faubourg de cette ville. Les Bollandistes publient deux récits de cet événe- /269/ ment 1. Le premier le place sub Carolo minore, et le second ajoute que ce Charles fut détrôné par Eudes, duc d’Aquitaine: ce serait donc Charles le Simple. Les Bollandistes s’appuient sur une charte de Conques 2, datée de 888, pour démontrer que, cette année déjà, sous Charles le Gros, le corps de sainte Foi était à Conques et il leur semble que c’est ce prince qui est désigné par cette expression. Mais le cartulaire contient une pièce qui prouve que la translation était accomplie, la 4e année du règne de Carloman, le 30 juillet 883 3. — Dom Vaissète tire du cartulaire de Conques une charte de Bernard, comte d’Auvergne, qu’il date du 21 juillet de la même année 4. Elle énumère les reliques de l’abbaye et ne nomme pas sainte Foi. Il faudrait conclure du rapprochement de ces deux documents que les restes de cette vierge-martyre ont été apportés à Conques, du 21 au 30 juillet 883. Mais j’objecterai d’abord que l’époque de la translation était rappelée dans l’abbaye par une fête qui se célébrait en janvier. Ensuite, je ferai remarquer que Bernard ne prend dans ce document que le titre de comte. Or il avait été fait marquis de Gothie dès 878 5. Il se serait intitulé, en 883, comes et marchio. Nous n’avons pas d’ailleurs sous les yeux l’original, mais seulement une copie qui peut être fautive, et je préfère ne tirer aucun parti d’une pièce dont la date n’est pas incontestable que de conclure avec dom Vaissète, contre tous les monuments publiés par lui-même, que Charles le Gros a été, du vivant de Carloman, reconnu comme roi dans une partie de l’Aquitaine. Du reste dom Vaissète apporte à cette conclusion tant de correctifs qu’on peut dire qu’il n’en laisse subsister à peu près rien 6.

Je ne pense pas qu’il faille se creuser la tête pour savoir quel Charles le versificateur anonyme a voulu désigner par ces mots: sub Carolo minore. Ce n’est pas un témoin qui parle, mais un écrivain qui rédige, au xie siècle, la narration d’un événement passé déjà depuis 200 ans. Son opinion n’a pas une grande importance. — Il est vrai que Jean Ghesquier date son œuvre des premières /270/ années du xe siècle. Voici comment il raisonne: on possède, dit-il, deux versions de la translation de sainte Foi. L’une, en prose, raconte la construction d’une église à Conques par Etienne, évêque de Clermont, et un prodige qui aurait empêché le transport des reliques dans la basilique nouvelle. Cet événement a dû se passer vers 937. Comme elle ne dit mot du monument bâti vers 1035 par Odolric, elle est antérieure à cette dernière époque et se place par conséquent entre 937 et 1035. L’autre récit, en vers, ne faisant aucune allusion à la tentative infructueuse de translation d’Etienne, est nécessairement, antérieur à 937.

Toute cette argumentation est seulement spécieuse. L’histoire écrite en prose n’est autre chose que l’amplification du poème en périodes cicéroniennes. Elle ne contient, sur le vol des reliques, pas un détail de plus que ce dernier. Elle est écrite dans ce latin si facilement reconnaissante de la Renaissance, émaillé d’expressions grecques comme le français de Ronsard, et qui témoigne d’une érudition fort au-dessus de la portée d’un moine du xie siècle 1. Nous avons encore là une des productions du procès soutenu par l’abbaye contre l’évêque de Rodez, au temps de François Ier. L’auteur a imaginé la fable de la translation des reliques dans une église nouvelle, d’après un passage tronqué et obscur de la chronique de Conques: hic denique ecclesiam de Roffiaco cum suis pertinentiis et plures villas in pago Arvernico beatæ Fidi concessit atque ejusdem gloriosæ virginis et martyris2... auctor extitit ubi quoque partem ipsius capitis venerabiliter reposuit, multaque alia beneficia, ut legitur, monasterio suo contulit. C’est de la confection d’une châsse et non de la construction d’un édifice qu’il s’agit ici. Il existe encore a Conques une antique statue de sainte Foi qui est le commentaire vivant de la chronique. M. Darcel en fixe la confection au ixe siècle. Les reliques ayant été apportées à Conques peu avant 883, je pense qu’il me permettra de la faire descendre jusqu’à 940 ou environ. Jean Ghesquier observe que le prosateur ne parle pas de l’église construite par Odolric. Or précisément c’est /271/ l’édifice du xie siècle qu’il décrit, avec les modifications apportées plus tard dans l’intérieur. Ne pouvant, dit-il, transporter les reliques dans l’église qu’Etienne venait d’élever pour elles, on prit le parti de les laisser derrière l’autel de Saint-Sauveur. Elles y sont encore dans une armoire, ménagée au milieu d’un mur qui bouche les entrecolonnements du chœur depuis le xvie siècle. De ce que le versificateur n’a pas parlé de la construction d’une basilique imaginaire sous Etienne I, on ne saurait conclure qu’il a écrit avant l’époque où cet abbé gouverna Conques. Pour dater sa narration nous avons une indication bien plus caractéristique. Tandis qu’il fait passer à Figeac le voleur du corps de sainte Foi, il ne peut s’empêcher de dire son mot sur la question en litige entre les deux abbayes:

Lætus venit Figiacum

Quem locum procul dubio

Concharum sub dominio

Pippinus rex qui fuerat

Olim construi jusserat.

Ce sans doute m’a bien l’air d’une allusion au procès pendant au xie siècle. L’amplificateur du xvie ne prend plus intérêt à cette querelle qui avait tant passionné ses devanciers, et avec un laconisme qui n’est pas exempt de mépris, il dit simplement: obtigit si quidem cum vicum quemdam, Figiacum vocatum, idem pertransiret... Les vers du poëme qui nous occupe ont la même facture que ceux gravés sur le portail de l’église et sur le tombeau de l’abbé Begon, monuments de la seconde moitié du xie et des premières années du xiie siècle 1.

Livre des miracles de sainte Foi. — A la suite des deux versions de la translation de sainte Foi, les Bollandistes publient le Livre des Miracles, opérés par son intercession. Le style en est tellement semblable à celui de la version en prose qu’à première vue on est disposé à l’attribuer au même auteur. Pourtant, ici, nous n’avons plus affaire à un anonyme; l’écrivain se nomme à la première page: Bernard, écolâtre d’Angers; et il dédie à Fulbert, évêque de Chartres de 1007 à 1029, son ouvrage qui est divisé en trois livres, composés chacun de plusieurs chapitres et /272/ encadrés, comme l’histoire de la translation, entre un prologue et un épilogue. En le lisant, on remarque d’abord au chapitre IIe du livre I ces mots: cujus mentionem si in precedenti epistola non fecerim qui ne répondent guère à sa forme et à son titre. Puis, les Bollandistes nous apprennent que, dans le manuscrit d’après lequel ils ont donné leur édition, un moine de Conques paraît se substituer souvent à l’écolàtre d’Angers et dit: nos, nostrum monasterium, nostro in vico1, etc. Enfin l’on pêche, çà et là, noyés dans ces flots de latinité classique, quelques mots barbares, épaves d’un texte plus ancien. Nous sommes en présence d’un monument hybride, résultat d’un travail identique à celui qui a produit la version en prose de la translation. Un moine du xvie siècle a pris quelques vieilles légendes, peut-être deux ou trois lettres adressées par Bernard à l’évêque Fulbert, et a fondu ces éléments divers en un amalgame qu’il a fait passer sous l’étiquette d’un écolâtre du xie siècle.

Les érudits qui se sont occupés du Livre des Miracles citent cinq manuscrits de cet ouvrage, tous dissemblables. Les Bollandistes ont trouvé le leur au Vatican. Ils y joignent quelques extraits d’un second, conservé autrefois à la Chartreuse de Strasbourg, qui paraît composé ou retouché par la même main 2. Bonal, juge des montagnes du Rouergue, cité par dom Vaissète, transcrit, dans son histoire manuscrite des comtes de Rodez, deux passages d’un texte, mis également sous le nom de Bernard, divisé en trois livres et contenant un plus grand nombre de chapitres que celui des Bollandistes 3. Le P. Labbe a donné, avant ces derniers, une édition, sans prologue ni épilogue, sans division en livres et sans nom d’auteur; c’est le même texte, avec quelques additions d’une part et quelques retranchements de l’autre 4. Enfin dom Mabillon publie, d’après un manuscrit de Chartres, un prologue contenant d’abord la dédidace à Fulbert qui est dans le manuscrit du Vatican, et de plus une description de l’église dans laquelle il est facile de reconnaître l’édifice actuel, suivie du récit d’une procession, où l’on aurait porté les reliques de sainte Foi dans une châsse offerte par Charlemagne 5.

/273/ Un auteur du xie siècle n’a pu entendre à Conques attribuer à cet empereur le don d’un reliquaire destiné à contenir le corps de cette vierge-martyre. Le chronographe, qui est de cette époque, exprime l’opinion accréditée dans l’abbaye et nous avons vu qu’elle ne fait pas remonter la translation plus haut que la fin du ixe siècle. C’est une preuve de plus que le texte du Livre des Miracles a été remanié, qu’il est impossible d’y reconnaître ce qui appartient à Bernard, ecolâtre d’Angers, et que les Bollandistes, en lui faisant l’honneur d’une place dans l’admirable monument qu’ils ont élevé à l’érudition chrétienne, n’ont pas montré la sévérité de critique à laquelle ils nous ont habitués.

Bulle de Pascal II. — Si l’on en croit une bulle de Pascal II, adressée à l’abbé Begon, entre 1099 et 1110, il existait, dès cette époque, des leçons de ces miracles qui se lisaient dans l’église. Cette pièce, reproduite par les Bollandistes 1, donne aux moines l’autorisation de nommer sainte Foi au canon de la messe et met l’abbaye dans la juridiction des légats du Saint-Siège, à l’exclusion de l’Ordinaire. Il est certain que Pascal a donné à l’abbaye de Conques des témoignages d’une bienveillance toute spéciale. Sur le socle d’un bas-relief formé de débris de plusieurs pièces d’orfèvrerie, on lit un fragment d’inscription qui prouve que le trésor lui était redevable de reliques insignes 2.

Malgré cela, j’avoue que cette bulle me paraît suspecte. Sa teneur, j’en conviens, ne s’écarte pas des formules des petites bulles de Pascal II; il n’y manque que l’année de l’indiction. Mais, dans le grand procès du xvie siècle, les moines ont présenté comme l’original de ce document une grossière contrefaçon dont la fausseté saute aux yeux les moins exercés. Ils y ont joint une copie, homologuée au parlement de Toulouse, de ce même original supposé que le greffier a pris pour l’acte authentique. Et qu’on ne dise pas qu’ils ont fait cette production fallacieuse pour ne pas s’exposer à perdre le vrai titre, car je répon- /274/ drai qu’ils n’ont pas craint de se dessaisir d’une grande bulle d’Urbain II qui n’avait pas moins d’importance pour le soutien de leurs privilèges.

Sincère ou fausse, la décision de Pascal II ressortit son double effet dans le cours des siècles; les Bollandistes citent un grand nombre de missels, peu anciens à la vérité, de divers diocèses dans lesquels le canon de la messe porte le nom de sainte Foi. Quant aux légats, ils prirent leur rôle de supérieurs si fort au sérieux que les moines, en 1225, se virent réduits à leur faire interdire par le pape de disposer, suivant leur convenance, des prieurés de l’abbaye 1.

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3º Propagation du culte de sainte Foi et en même temps de l’école d’architecture romane dite languedocienne.

Progrès du pèlerinage de Sainte-Foi. — Les vieilles légendes, dont on retrouve le souvenir dans le Livre des Miracles, mentionnent plusieurs personnages historiques du xe siècle; on y note aussi des noms d’évêques dont l’épiscopat a commencé après 1029. Les pèlerins dont elles parlent viennent du Rouergue, de l’Auvergne, du Quercy, du Limousin, des environs de Toulouse, du nord de l’Espagne. L’écolâtre Bernard serait parti d’Angers, après avoir habité Chartres, qui aurait déjà possédé une chapelle de Sainte-Foi. Il est certain qu’avant la Révolution cette ville avait sous ce vocable un prieuré-cure de la fondation duquel on ignore la date précise; mais j’ai peine à croire qu’elle remonte plus haut que la fin du xie siècle.

Le cartulaire ne laisse pas supposer une diffusion si rapidement étendue de la dévotion à sainte Foi. Pendant les cinquante années qui suivent la translation des reliques, les propriétés dont s’enrichit l’abbaye ne sortent pas de son premier centre d’influence, c’est-à-dire des provinces de Rouergue, d’Auvergne et de Quercy. La première trace d’un pèlerinage en dehors de ces limites est une donation, bien modeste, d’un demi-muid de vigne dans le comté de Gap, en 930 2. Il faut ensuite descendre jusqu’à 1003 pour trouver un voyageur venu de loin, du comté /275/ d’Orange 1. Sous le règne de Robert, le rayon s’agrandit et va d’un côté jusqu’au pays toulousain, de l’autre il atteint le diocèse d’Agde, les comtés de Narbonne et de Viviers. Au temps d’Odolric (av. 1030 - ap. 1062), on vient du Gévaudan, des comtés d’Uzès et du pays de Comminges. Vers le nord, le culte de sainte Foi ne franchit pas encore les bornes de l’Aquitaine. C’est seulement entre 1065 et 1110 qu’il acquiert des prosélytes d’abord dans le diocèse de Langres, puis dans celui de Meaux. Dans cette période, il prend des proportions inouïes. A l’est, il gagne le Velay, les diocèses de Lyon, de Saint-Paul-Trois-Châteaux, de Sisteron, d’Avignon, d’Apt, de Genève; au sud et à l’ouest, ceux de Nîmes et de Dax, les comtés de Fenouillède, de Vallespir, les diocèses de Bazas, de Bordeaux, de Périgueux, le Limousin. Pierre d’Andoche, moine de Conques, devenu évêque de Pampelume, le porte dans la Navarre 2 et dans l’Aragon. Il va jusque dans le comté de Minorque. Pour tout dire, l’évêque d’Àgen et ses diocésains viennent vénérer à Conques les reliques qui leur ont été enlevées et enrichir de leurs libéralités les ravisseurs. Au xiie siècle, la dévotion à sainte Foi passe l’océan et s’établit dans le diocèse de Norwick en Angleterre. En 1167, elle fleurit en Alsace. La pancarte inédite 3 des bénéfices dépendant du monastère nous la montre en Italie dans les diocèses de Verceil et de Forli.

L’église abbatiale de Conques, type du style roman languedocien. — Dans le remarquable cours d’archéologie que M. Quicherat professe à l’Ecole des chartes, il observe que du style auvergnat, caractérisé par une voûte centrale en berceau, contreboutée par les voûtes des bas-côtés à la hauteur de la nef du milieu, est dérivé le style languedocien. Dans cette seconde branche, le bas-côté est divisé en deux étages: une nef et au-dessus une tribune dont la voûte sert de soutien au vaisseau principal. M. Quicherat cite, parmi les monuments les plus complets de cette école d’architecture romane, Sainte-Foi de Conques et Saint-Sernin de Toulouse.

L’abbaye de Conques, bâtie sur les confins de l’Auvergne où /276/ elle possédait de nombreuses terres, a été, au xe siècle, administrée par des évêques de Clermont. En partie peuplée de moines originaires de cette province, il est très naturel de supposer qu’elle aura subi l’influence des idées et des goûts qui y avaient cours. L’église de Conques a donc pu être construite par un architecte auvergnat qui, faisant faire à l’art roman un pas considérable, a produit dans cet édifice un type nouveau.

Mais, objectera-t-on, n’est-ce point Saint-Sernin de Toulouse qui a servi de modèle à Sainte-Foi de Conques? C’est une question de dates. Urbain II, en 1095, consacra l’église encore inachevée de Saint-Sernin qui a été commencée vers 1060 1. D’après le chronographe de l’abbaye rouergate, celle de Conques était à peu près terminée au moment où l’on posait la première pierre de Saint-Sernin. Odolricus... basilicam ex maxima parte consummavit..., corpus beatœ Fidis de veteri ecclesia in novam basilicam transtulit, ac etiam monasterium in ea forma in qua est ad honorent Fei et beatœ Fidis fecisse creditur, tempore Henrici, Francorum [regis]... Odolric, abbé avant 1030, est cité pour la dernière fois dans une pièce de 1062. J’ai démontré plus haut que l’auteur anonyme écrivait vers 1095. On ne saurait lui refuser créance, quand il parle d’événements récents qu’il a vus ou appris de témoins oculaires, surtout si l’abbaye de Figeac n’est pas en question. Il ajoute que Begon III, qui gouvernait Conques au moment où il composait sa chronique, a fait bâtir le cloître qui s’appuyait sur le bas-côté méridional de la nef. C’est une preuve de plus que l’église était alors achevée. Le cloître est détruit et il n’en reste que quelques débris recueillis par le curé; il abritait le tombeau de son fondateur, demeuré intact contre le mur de l’église, avec une inscription que M. Mérimée a relevée.

La comparaison de Sainte-Foi et de Saint-Sernin fait ressortir dans le monument de Toulouse une hardiesse, un ensemble, une sûreté d’exécution qu’on est loin de trouver dans celui de Conques. Ce dernier, parmi des beautés de premier ordre, porte la trace de quelques gaucheries qui trahissent des tâtonnements et une certaine inexpérience.

Au xie siècle, les relations entre Conques et le pays toulousain étaient devenues fréquentes. Durand, évêque de Toulouse, /277/ et son successeur Isarn firent à l’abbaye d’importantes donations. Le cartulaire nous montre les moines bâtissant, dans tous les lieux où ils vont s’établir, des églises, des couvents et même des bourgs dits salvetats, localités franches dont je parlerai dans la seconde partie de ce travail. Un document nous a conservé les noms de trois de ces moines architectes: Amancius donne deux manses dans le Bazadois à condition que Deusdet, moine, ou Pierre, ou Odolric y construira une église en l’honneur de sainte Foi 1. Ainsi le culte de cette sainte a porté avec lui le style né à Conques dans toutes les contrées où il s’est propagé, et nous saisissons sur le fait la formation et le développement d’un mode d’architecture romane, très-répandu dans le midi de la France. A ce titre, l’église de Sainte-Foi, fort intéressante dèjà en elle-même, mériterait d’être l’objet d’une monographie détaillée.

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4º Chronologie des abbés de Conques.

I. Dado.— Deux diplômes, l’un de Louis le Débonnaire, l’autre de Pépin d’Aquitaine, nous ont appris que Dadon était le fondateur de l’abbaye de Conques au viiie siècle.

II. Madraldus. — Madraldus lui avait succédé en 801 2. Il vivait encore en 819; c’est à lui qu’est adressé le diplôme de Louis le Débonnaire qui confirme l’érection du monastère 3.

III. Anastase. — Madraldus était mort en 823. Anastase, cette année, conclut, par les soins d’un missus dominicus, un accord avec Bertrand, vasse du Roi, et avoué de l’église Sainte-Marie de Laon 4.

IV. Élie. — Pépin d’Aquitaine fonde le monastère de Figeac, en 838, et l’abbé Elie le peuple d’une colonie formée de moines de Jonant et de Conques.

V. Begon I. — Le Gallia christiana donne pour successeur à Elie, en 855, Blandinus, nommé dans le récit de la translation des reliques de saint Vincent de Sarragosse que nous a laissé /278/ Aimoin. Mais le moine de Saint-Germaîn-des-Prés était mal renseigné, car Begon reçoit une première donation en 851 1 et une seconde après 864 2.

VI. Gibert. — En 883, Bernard donne à cet abbé les églises de Verneducio, aujourd’hui Saint-Cyprien près de Conques, par une charte qui détermine l’époque de la translation des reliques de sainte Foi 3.

VII. Frotarius. — Il est désigné dans une pièce de 887 ou 888 4.

VIII. Arlaldus ou Airaldus. — Diverses chartes nous apprennent qu’il gouverna l’abbaye peut-être depuis 898 5, certainement depuis 901 6 jusqu’en janvier 904 7.

IX. Raoul et Fredelon. — Les moines lui élirent immédiatement un successeur, car on trouve une charte prestaire faite par Raoul pendant ce même mois de janvier 904 8. En 925 9, il s’était associé Fredelon qui paraît être son frère. Du moins, leurs mères portaient toutes deux le nom de Sénégonde 10. Fredelon devint abbé de Vabres 11; on ne le retrouve plus à la tête de Conques que Raoul gouverne encore en 930 12.

X. Jean 13. — Il était prévôt del’abbaye en 915 14, et abbé avant 933 15. Il est vrai qu’une charte prestaire de la xe année de Charles le Simple lui donnerait ce titre dès 909 16. Mais il y a évidemment une erreur de date qui est sans doute le fait du /279/ copiste. Si l’on compare les signatures de ce document à celles de la prestaire de 904, passée par Raoul, on voit que les dignitaires de l’abbaye sont différents. Or il est bien difficile qu’ils aient tous disparu de 904 à 909. La première de ces pièces désigne parmi les témoins, en 904, Adraldus, Rotgarius, Widbaldus, enfants, Astarius, adolescent. Ils ont grandi, quand on rédige la seconde, et sont devenus Astarius, prévôt; Guitbaldus, gardien de l’église; Adraldus, portier du couvent; Rodgerius, portier des pauvres. Astarius, prévôt, est souvent mentionné dans les chartes, un peu avant et après 930. Le scribe qui a composé la seconde prestaire est Hictor, clerc, auteur de plusieurs pièces à cette dernière époque. C’est donc vers 930 que je crois devoir placer la seconde prestaire portant le nom de Jean. Il était encore abbé en 935 1.

XI. Etienne I, Begon II et Hugvues. — Après lui Etienne gouverne l’abbaye de 942 2 à 984 3. Il était en même temps évêque de Clermont. En 958, les documents portent Stephanus episcopus et Bego et Hugo abba4. Une charte de 961 donne à Begon le titre d’évêque 5. Il était sans doute le coadjuteur d’Etienne auquel il succéda sur le siège de Clermont. Hugues était le véritable abbé; un document de 962 l’appelle abbas secundum regulam6. Etienne et Hugues sont nommés pour la dernière fois en 984 7.

XII. Begon II et Arlaldus II. — Begon partage alors l’administration de l’abbaye avec Arlald II qui vit sous Hugues Capet 8.

XIII. Begon II et Girbert. — On lui associe ensuite Girbert 9 qui, de 996 à 1004, ne passe pas moins de 29 contrats d’acquisition pour arrondir les propriétés du monastère.

XIV. Begon II et Arlaldus III. — Begon ne mourut que vers /280/ l’an 1010 1. A Girbert avait succédé, en 1004, Arlaldus III2.

XV. Airadus. — On pourrait croire que le nom d’Airadus est une variante d’Arlaldus, si l’on ne lisait dans une charte ces mots: Arlaldus, abbas; decaniœ curam gerens Airadus3, qui démontrent qu’Airadus, doyen du temps d’Arlaldus, devint abbé après sa mort 4.

Il est impossible de dire combien de temps vécurent Arlaldus et Airadus. Il est probable que ni l’un ni l’autre ne conservèrent longtemps la dignité d’abbé, car les actes, peu nombreux, qui les mentionnent, sont rédigés par des clercs dont on trouve déjà les signatures au bas de documents de l’époque de Hugues Capet 5.

XVI. Adalgerius. — Doyen du temps d’Airadus 6; il lui succéda 7. Il n’est désigné que dans quatre actes, sous le règne de Robert 8.

XVII. Lautardus. — Le cartulaire ne contient qu’une pièce non datée qui le nomme 9. Les chronographes de Conques et de Figeac, qui écrivaient environ 60 ans après Adalgerius, s’accordent tous deux pour le placer à la suite de cet abbé 10.

XVIII. Odolric. — Déjà sous le roi Robert, Odolric avait succédé à Lautard 11. Il demeura plus de 30 années sur le siège abbatial qu’il occupait encore en 1062 12. Son nom se trouve dans 66 chartes; 20 autres où il n’est pas désigné sont certainement /281/ contemporaines, puisqu’elles sont comprises entre 1031 et 1060; et je ne parle pas d’un grand nombre d’actes sans date précise, passés pendant les règnes de Robert et de Philippe ou ne contenant aucune indication chronologique, qui paraissent être de son temps. C’est à lui qu’on doit l’église qui existe encore.

XIX.Etienne II. — Il remplace Odolric en 1065 1. On le trouve, en 1076, au concile de Rome où il obtient la bulle de Grégoire, expédiée en 1084, qui unit Figeac à Conques 2. Les dernières chartes datées qui contiennent son nom sont postérieures à 1085 3.

XX. Begon III. — Begon, élu en violation de la bulle de Grégoire VII, aux termes de laquelle l’abbé survivant de Figeac devait commander aux deux abbayes, et déposé par le concile de Clermont en 1095, ne souscrivit pas à cette sentence. Nous trouvons un acte passé par lui en 1096 4. En 1097, le concile de Nîmes, qui rendit aux deux abbayes leur autonomie, le remit en possession de son siège qu’il conserva jusqu’après 1108 5. Le chronographe de Conques, son contemporain, dit de lui: Bego venerabilis, qui claustrum construxit, multas reliquias in auro posuit, textus evangeliorum fieri fecit. En outre des monuments que j’ai cités plus haut, le trésor de Conques possède un petit édicule, en forme de lanterne, sur lequel on déchiffre cette indication incomplète: ..... abbas sanctorum Bego partes6... Peut-être Begon III a-t-il fait commencer le cartulaire.

XXI. Boniface. — Deux chartes nous apprennent son existence en 1110 7. Mais je ne saurais dire jusqu’à quelle époque elle s’est prolongée. Les documents qui le concernent sont rares et sont datés vaguement des règnes de Henri, roi d’Angleterre de 1100 à 1135, et de Louis, roi de France de 1108 à 1137. Il est fort probable que le cartulaire a été, de son temps, conduit jusqu’au 30me cahier inclusivement.

Les chartes postérieures à Boniface sont trop peu nombreuses /282/ pour qu’elles puissent servir à établir la suite complète des successeurs de Boniface jusqu’à la fin du xiie siècle.

Une pièce de 1139 1 contient l’initiale B. du nom d’un abbé qui serait Bernardus, si l’on en croit un autre document du cartulaire 2, ou Berardus, si l’on s’en rapporte à une formule de serment prêté à l’évêque de Rodez 3. Le Gallia christiana ne nomme pas cet abbé.

En revanche il indique, en 1154, Eudes et, en 1165, Hugues, qui n’ont laissé aucune trace dans le cartulaire.

Il cite, en 1167, Isarn qui aurait encore vécu en 1172. Mais une charte, offerte avec quelques autres aux archives départementales de l’Aveyron par M. le curé de Conques, donne en 1170 une initiale G. qui est peut-être celle de Gaucelmus dont le nom se trouve dans deux pièces sans indication chronologique 4. — Le Gallia christiana qui place Gaucelmus plus haut, après Boniface, ne justifie pas ce rang par une preuve. — Il y aurait donc un Isarn I en 1167, et un Isarn II en 1172. Le cartulaire contient bien une pièce avec ce nom 5; mais comme elle est seulement datée de l’épiscopat de Gautier, évêque de Langres de 1163 à 1179, elle ne tranche point la difficulté.

Le dernier abbé du xiie siècle désigné dans ce manuscrit est Gualbert en 1183 6. Il manque dans le catalogue dressé par les frères de Sainte-Marthe.

G. Des jardins.

Non risulta che la seconda parte di quest’articolo sia mai stata pubblicata La fin prochainement.

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[Note a pag. 254]

1. Mérimée a décrit cette église dans les Notes d’un voyage dans le midi et dans l’orient de la France. Paris, 1835, 2 vol. in-8º. Torna al testo ↑

[Note a pag. 255]

1. M. Darcel a publié les dessins des principales pièces de ce trésor, avec un commentaire qui prouve une grande sagacité, dans les Annales archéologiques de Didron, t. 16, 20 et 21. Il a oublié ou négligé quatre camées ou intailles, t. 20, p. 327. Torna al testo ↑

2. Nova bibliotheca manuscriptorum, t. II, p. 531. Torna al testo ↑

3. Acta Sanctorum. Octob. t. III, p. 300. Torna al testo ↑

4. T. VII. Torna al testo ↑

5. T. II. Torna al testo ↑

6. Octob., t. III, p. 263. Torna al testo ↑

7. T. I. Torna al testo ↑

[Note a pag. 256]

1. Vol. 143 et 144 de la Collection Doat. Torna al testo ↑

2. A l’exception du 5e qui n’en a que sept. Torna al testo ↑

3. A l’exception du 13e, le 30e de tout le manuscrit, qui a seulement sept feuillets. Torna al testo ↑

4. Il forme quatre cahiers ayant, les deux premiers huit, le troisième six, et le dernier sept feuillets. Torna al testo ↑

[Note a pag. 257]

1. Doat. 143. Torna al testo ↑

2. Les chartes ont été numérotées au xviie siècle d’une manière très fautive. Torna al testo ↑

[Note a pag. 258]

1. Gal. christ., p. 236, diplôme de Louis-le-Débonnaire, 819. — Arch. de la Société des lettres, sciences et arts de l’Aveyron. Diplôme de Pépin d’Aquitaine, 839, en original. Torna al testo ↑

2. Cartul., fol. II. Torna al testo ↑

3. Dans un titre, faux, il est vrai, tiré des archives de Figeac et cité dans le Gallia christiana, t. I, p. 171, on lit que l’abbaye de Jonant avait été détruite par une inondation. Torna al testo ↑

4. Diplôme de Pépin d’Aquitaine, 839, déjà cité. Torna al testo ↑

[Note a pag. 259]

1. Dom Vaissete, Hist. du Languedoc, t. II, Preuves, p. 107. Torna al testo ↑

2. P. 540 et Preuves, p. 103. Torna al testo ↑

3. Gallia christiana, t. I, Instr. p. 52, XI. Torna al testo ↑

4. Instr., p. 44, XXXVI et XXXVII. Torna al testo ↑

5. Cartul. de Conques, fo XLVII. — ...eo tempore quo papa Gregorius VII convocavit Romæ magnum sinodum episcoporum et abbatum adversum Hænrici /260/ regis placitum, et quo tempore Stephanus, abbas Conchensis, Figiaci monasterium ab eodem papa impetravit, asserentibus omnibus qui erant in palatio ut, sicut præcepta regalia monstrabant, perpetuo abbati Conchensi esset subditum et serviret sicut membra capiti. Torna al testo ↑

[Note a pag. 260]

1. Gal. Christ., t. I, p. 241. Torna al testo ↑

2. Instr., p. 44, XXXVIII. Torna al testo ↑

3. Miscellanea, t. IV, p. 1. Lucæ, 1761-1764. Torna al testo ↑

[Note a pag. 261]

1. Hist. du Languedoc, t. I, p. 452. Torna al testo ↑

2. T. III. Torna al testo ↑

[Note a pag. 262]

1. Vol. 143. Torna al testo ↑

2. 2e édit., t. IV, p. 391. Torna al testo ↑

3. Il faudrait au moins: 574. — Hist. du Languedoc, t. I, p. 452. Torna al testo ↑

[Note a pag. 263]

1. Arch. de l’Aveyron. Evéché de Rodez, bulle d’Urbain II, 1099. Torna al testo ↑

2. Ann. arch., t. 20, p. 264. — Voyez ce qu’a dit de l’A de Charlemagne M. de Lasteyrie, dans les Mémoires de la Société des Antiquaires de France, 3e série, t. VIII. p. 61 et suiv. Il ne faut pas perdre de vue qu’au xiie siècle le trésor de Saint-Julien de Brioude renfermait un C qui devait avoir quelque analogie avec l’A de Conques: M. Paul Le Blanc, de Brioude, possède l’original d’une sentence d’excommunication lancée au xiie siècle contre un malfaiteur /264/ «qui furatus est auream litteram Beati Juliani videlicet C. » L’existence de lettres semblables dans différentes églises est attestée par plusieurs chroniqueurs du moyen-âge, tels que Philippe Mousket, vers 3686, dont le passage a été rapporté par M. Gaston Paris, Histoire poétique de Charlemagne, p. 336. Aux auteurs que M. Paris indique comme ayant attribué à Gharlemagne l’origine de ces lettres, il faut ajouter Bernard Gui, lequel s’exprime ainsi dans ses Fleurs des chroniques: « Deinde ad numerum elementorum alfabeti XXIIIIor cenobia fundavit, et in unoquoque per ordinem litteram unam ex auro fabricatam reliquit, ad tempus fundacionis unius cujusque monasterii dinoscendum, que littere adhuc in plerisque monasteriis conservantur, quorum nomina sunt hec... » Bernard Gui n’a pas dressé la liste des monastères qu’il se proposait d’insérer à la suite de cette phrase; voyez à la Bibl. Nat. le ms. latin 1171 des nouvelles acquisitions, fol. 44 vo, et le ms. latin 4976 A, fol. 53. Torna al testo ↑

[Note a pag. 264]

1. Annal. ordin. S. Bened., t. I, p. 358. Torna al testo ↑

2. T. II, p. 401. Torna al testo ↑

3. T. II, p. 402. Torna al testo ↑

[Note a pag. 265]

1. T. II, p. 438. Torna al testo ↑

2. T. I, p. 171. Torna al testo ↑

3. T. I, Instr., p. 43. Torna al testo ↑

[Note a pag. 266]

1. T. I, Instr., p. 43, XXXIV et XXXV. Torna al testo ↑

2. T. I, Notes, p. 740. Torna al testo ↑

[Note a pag. 267]

1. T. III, p. 153. Torna al testo ↑

2. Cartulaire de Conques. Torna al testo ↑

3. Hist. du Lang., t. I, p. 557. Torna al testo ↑

[Note a pag. 268]

1. Hist. transl. S. Vinc. act. SS. Bened. sæc. IV, part. I, p. 643. Torna al testo ↑

2. Hist. du Lang., t. I, p. 567. Torna al testo ↑

3. Cartul., fo V. Torna al testo ↑

4. Act. Sanct. Juin, t. II, p. 163. Torna al testo ↑

5. Octobre, t. III, p. 278. Torna al testo ↑

6. Annales archéolog., t. XVI, p. 84. Torna al testo ↑

7. T. XVI, p. 87, fait par les ordres de Begon III. Torna al testo ↑

8. T. XX. p. 219. Torna al testo ↑

[Note a pag. 269]

1. Acta Sanct. Octobre, t. III, pp. 289 et 294. Torna al testo ↑

2. Gallia Christ., t. I, p. 259. — Hist. du Lang., t. II, Preuves, p. 23; Torna al testo ↑

3. Fo V. Torna al testo ↑

4. Hist. du Lang., t. II, p. 14. Torna al testo ↑

5. P. 7. Torna al testo ↑

6. P. 14, et Preuves, p. 21, note. Torna al testo ↑

[Note a pag. 270]

1. Librarios philochristos... themata recte vivendi... sophismatis stemate... celeumata exercendo... septentrionale clima... litterarum anagrypha... poliandrum sacræ virginis... chaire stella, etc., etc. Torna al testo ↑

2. Il manque ici un mot; dom Martène propose translationis qui ne s’accorde pas avec la phrase complémentaire qui suit: ubi quoque, etc. Je mettrais capsæ avec lequel on forme la phrase à peu près correctement. Torna al testo ↑

[Note a pag. 271]

1. Voyez ces inscriptions dans l’ouvrage de Mérimée cité plus haut. Torna al testo ↑

[Note a pag. 272]

1. Act. Sanct. Octob. I. III, 287. Torna al testo ↑

2. P. 325. Torna al testo ↑

3. Hist. du Lang., t. II, Preuves, p. 6. Torna al testo ↑

4. Nova bibliotheca manuscriptorum, t. II, p. 531. Torna al testo ↑

5. Annal. bened., t. IV, p. 703. Torna al testo ↑

[Note a pag. 273]

1. Act. Sanct. Octob. t. III, p. 282. Torna al testo ↑

2. M. Darcel observe (Ann. arch., I. XX, p. 219) que le bas-relief est surmonté d’un petit fronton, étranger à la composition primitive. Il est facile de voir que le socle ne lui appartient pas davantage. Ces retranchements opérés, on aura dans la plaque du milieu, représentant le crucifiement avec ces mots: me fieri jussit Bego, clemens cui Dominus sit, l’un des plats de la reliure d’un évangéliaire fait, suivant le chronographe de Conques, sous l’abbé Begon III. Torna al testo ↑

[Note a pag. 274]

1. Cartulaire, fo XXIV vo en marge. Torna al testo ↑

2. Fo CCXXXII. Torna al testo ↑

[Note a pag. 275]

1. Fo CXCVII. Torna al testo ↑

2. Le prieuré de Roncevaux appartenait à l’abbaye. Torna al testo ↑

3. Pouillé des diocèses de Rodez et de Vabres, manuscrit, xvie siècle. Torna al testo ↑

[Note a pag. 276]

1. Hist. du Lang., t. II, p. 175 el 265. Torna al testo ↑

[Note a pag. 277]

1. Cartulaire, fo LVI. Torna al testo ↑

2. Fo II. Torna al testo ↑

3. Argofredus placé ici par le Gallia Christiana, d’après la chronique, n’est pas mentionné dans le cartulaire. Torna al testo ↑

4. Cartul., fo CCXLIII. Torna al testo ↑

[Note a pag. 278]

1. Fo CLII. Torna al testo ↑

2. Fo CXXIII vo. Torna al testo ↑

3. Fo V. C’est à tort que le Gallia christiana met cet abbé avant Begon I. Torna al testo ↑

4. Fo LXXXIX. Torna al testo ↑

5. Fo CXXXI. Torna al testo ↑

6. Fo CLXX. Torna al testo ↑

7. Fo XCIII. Torna al testo ↑

8. Fo CXXXV. Torna al testo ↑

9. Fo VI. Torna al testo ↑

10. Fo VII. Torna al testo ↑

11. Gallia christiana, t. I, p. 275. Les auteurs de la notice des abbés de Vabres n’ont pas remarqué que Fredelon, abbé de Vabres, était le même personnage que l’abbé de Conques, quoiqu’ils citent le nom de sa mère. Torna al testo ↑

12. Cartulaire, fo VII V. Torna al testo ↑

13. Geraldus qui précède Jean dans le Gallia christiana et la chronique n’est désigné dans aucune charte. Torna al testo ↑

14. Fo CLVI vo. Torna al testo ↑

15. Fo LXXV vo. Torna al testo ↑

16. Fo CLXXXIX vo. Torna al testo ↑

[Note a pag. 279]

1. Fo CXLVI. Torna al testo ↑

2. Fo CXIV vo. Torna al testo ↑

3. Le Gallia christiana ne le fait vivre que jusqu’en 970. Torna al testo ↑

4. Cartulaire, fo CLXXXIII vo. Torna al testo ↑

5. Fo CCIII vo. Son épiscopat n’aurait, d’après le Gallia christiana, commencé qu’en 970. Torna al testo ↑

6. Cartulaire, fo CLXXXVIII vo. Torna al testo ↑

7. Fos LXXIII vo et C. Hugues est mentionné seul la même année deux mois après, fo CLXXIII. Torna al testo ↑

8. Fo CCII vo et CCXXIX. Torna al testo ↑

9. Fo CXXXVI vo. Torna al testo ↑

[Note a pag. 280]

1. Gallia christiana. Torna al testo ↑

2. Cartulaire, fo CXCI vo. Torna al testo ↑

3. Fo CXCVII. Torna al testo ↑

4. Fo CCIII. Torna al testo ↑

5. Le Gallia christiana emprunte à la chronique de Conques un abbé Nepos dont l’existence me paraît fort problématique. Torna al testo ↑

6. Cartulaire, fo CLXVI vo. Torna al testo ↑

7. Fo LXVII. Torna al testo ↑

8. Le chronographe de Conques met ici un Odolric en s’appuyant sur quelque charte de l’abbé Odolric, successeur de Lautard, qu’il aura mal datée. Torna al testo ↑

9. Cartulaire, fo LXVIII. Torna al testo ↑

10. Dans le Gallia christiana, le successeur de Lautard est un simoniaque du nom de Willelmus, d’après la chronique de Figeac qui me semble dénuée de toute autorité, quand elle avance un fait, sur l’abbaye de Conques, non confirmé par les documents venant de cette dernière. Airadus, qui suit Willelmus dans le Gallia christiana, doit précéder Adalgerius, suivant le cartulaire. Torna al testo ↑

11. Cartulaire, fo CLXXX vo. Torna al testo ↑

12. Fo XVI. Torna al testo ↑

[Note a pag. 281]

1. Fo CCLX vo. Torna al testo ↑

2. Fo XLVII. Torna al testo ↑

3. Fos CCXXXIX vo et CCXLIX vo. Torna al testo ↑

4. Fo CC.., (après le CCLXIVe) nº provisoire 548. Torna al testo ↑

5. Fo LXX. Torna al testo ↑

6. Annal. archéol., t. XVI, p. 277. Torna al testo ↑

7. Cartulaire, fo CCL... (après le CCLIIe), nº  provisoire 504. Torna al testo ↑

[Note a pag. 282]

1. Nº provisoire 552. Torna al testo ↑

2. Nº provisoire 553. Torna al testo ↑

3. Arch. de l’Aveyron. Évêché de Rodez. Torna al testo ↑

4. Cartulaire, nos prov. 563 et 565. Torna al testo ↑

5. Nº prov. 561. Torna al testo ↑

6. Fo LXII vo en marge. Torna al testo ↑